|
Parmi les curiosités musicales que peut nous offrir l’Europe du Nord, le joik (prononcez : «yoïk») se place sans peine en tête de liste. Cette forme de chant a capella est intimement lié au mode de vie des Lapons, ou plutôt, comme ils préfèrent qu’on les nomme, les Sami. Ce peuple nomade n’a jamais eu de «nation» à lui, et pourtant, ce que l’on désigne comme la Laponie («Samiland», ou «Sapmi») couvre un territoire immense qui va du centre de la Scandinavie à la péninsule de Kola et traverse les frontières de quatre états : la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. A défaut d’avoir un pays géopolitiquement délimité, les Sami ont une culture qui leur est propre. Pas moins de dix langues sami ont été répertoriées, toutes appartenant à la souche finno-ougrienne. On distingue ainsi trois grandes aires linguistiques : celle du Nord, celle du Sud et celle de l’Est. A cette division tripartite fait singulièrement écho celle que l’on peut opérer dans le domaine musical et vocal. Ce que l’on nomme communément le joik se divise effectivement en trois grands styles de chant : «luohti», «vuolle» et «leu’dd». Un joik a pour fonction de décrire l’essence d’une personne, d’un lieu ou d’un animal. Ainsi, chaque homme ou femme sami possède sa mélodie qui est en quelque sorte son «portrait musical». Le joik est ainsi lié à la spiritualité sami et par conséquent à ses racines chamaniques. La caractéristique principale des joiks est l’utilisation de syllabes répétées à plusieurs reprises. Si certains joiks comportent également des mots, des paroles, d’autres ne comprennent ni vocables ni syllabes mais sont des imitations animalières (grognements, mugissements, etc.). Construit sur une échelle pentatonique, le joik porte les caractéristiques des styles de chants gutturaux des peuples montagnards.
|